BIU JEE
BIU JEE : “Les doigts qui jaillissent”
Biu Jee (鏢指, « doigts qui dardent / qui jaillissent », souvent rendu en anglais par thrusting fingers) est la troisième et dernière forme à mains nues du Wing Tsun. Les graphies multiples — Biu Jee, Biu Gee, Biu Tze, Bil Jee… — viennent de la difficulté à transcrire le cantonais ; la prononciation, elle, reste identique.

Sa traduction laisse deviner une forme féroce, et c’est en partie vrai. Elle est aujourd’hui ouvertement enseignée dans de nombreuses écoles, mais elle était jadis transmise à un nombre très restreint d’élèves de confiance (closed-door students). Les écoles ont depuis trouvé un équilibre : le système complet est désormais enseigné. Il revient toutefois à l’instructeur de ne pas confier une « arme chargée » à qui n’est pas assez mûr pour la porter.
Pourquoi Biu Jee existe-t-il ?
Si Siu Lim Tao et Chum Kiu forment le « système d’exploitation » du Wing Tsun, à quoi sert Biu Jee ? Sa fonction première est la récupération d’urgence : ce sont les « mains d’urgence » (emergency hands), qui permettent de retrouver la ligne centrale et la structure lorsque celles-ci ont été sérieusement compromises — y compris si l’on est blessé ou en mauvaise posture.
- Résolution rapide : quand l’arsenal standard (poings, paumes, coups de pied) ne suffit pas, Biu Jee propose des frappes plus tranchantes et une puissance courte.
- Récupération : quand le corps est dans une position compromise (perte de la ligne centrale, de l’équilibre…), Biu Jee enseigne comment se rétablir.
Biu Jee est donc, avant tout, une forme de résolution de problèmes — un « kit de réparation » plus qu’un simple arsenal offensif.
Les trois parties de Biu Jee
- Début : forte présence de coups de coude (le coude descendant Kup Jarn en étant l’emblème) et de techniques de résolution rapide.
- Milieu : techniques défensives de récupération et frappes en « pont long » (puissance délivrée bras allongé, en faible amplitude).
- Fin : frappes en angle (crochets…) puis techniques anti-lutte — dont la séquence finale daai che luen sao, ingénieuse réponse aux étranglements, saisies et guillotines.
Les lignées Ip Man organisent souvent la forme autour de trois coudes — Kup Jarn (descendant), Pie Jarn (latéral) et Kwai Jarn (renversé) — mais ce découpage varie d’une école à l’autre : il n’existe pas de version « officielle » unique.
« Biu Jee ne sort pas de la porte »
Un adage cantonais résume sa réputation : « Biu Jee bat chut moon » — « Biu Jee ne sort pas de la porte ». Deux lectures coexistent : pour les uns, la forme devait rester secrète ; pour les autres, elle ne devait jamais être employée sauf nécessité absolue. Quant à son secret de fabrication : « cela ne vient pas du centre, cela vient du côté… ».
À noter : le contenu et le découpage de Biu Jee diffèrent selon les lignées (Ip Man, Yuen Kay-shan, Pan Nam…) ; il n’existe pas de version unique. — Sources : Wikipédia (Wing Chun, Glossary of Wing Chun terms) et écoles de lignée reconnues. Image : Wing Chun master, Sifu Dehnadi, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

