Histoire de l’Eskrima
L’Eskrima n’est pas né dans un dojo : il est né de la nécessité, sur un archipel de plus de sept mille îles où la lame faisait partie du quotidien. Son histoire est celle d’un art qui a dû se cacher pour survivre, avant de conquérir le monde.
Avant les Espagnols : une culture de la lame
Bien avant l’arrivée des Européens, les peuples des Philippines pratiquaient des arts de combat armés, transmis de famille en famille et de village en village. Le bolo et le couteau étaient des outils de tous les jours autant que des armes : on apprenait à s’en servir comme on apprenait à cultiver la terre.
Mactan, 1521 : un symbole fondateur
En 1521, l’expédition de Magellan aborde l’archipel. Sur l’île de Mactan, le chef Lapu-Lapu et ses guerriers repoussent les Espagnols — Magellan y laisse la vie. L’épisode est devenu le symbole d’une résistance armée indigène, et Lapu-Lapu une figure nationale.
Interdit : survivre par la danse
Sous la colonisation espagnole, la pratique des arts martiaux indigènes est découragée, puis interdite. Pour ne pas disparaître, l’art se déguise : on le dissimule dans les danses et dans les pièces populaires (les moro-moro), où les enchaînements de combat passent pour de la chorégraphie. C’est de cette époque que l’art tire une partie de son vocabulaire : Eskrima vient de l’espagnol esgrima (l’escrime), et Arnis de l’arnés (le harnais des costumes de scène).
Le XXᵉ siècle : sortir de l’ombre
Au XXᵉ siècle, l’art s’organise et s’enseigne ouvertement. En 1932, à Cebu, la famille Cañete fonde le club Doce Pares, qui regroupe déjà plusieurs styles. Après-guerre, des maîtres comme Remy Presas (Modern Arnis) systématisent la pédagogie pour l’ouvrir au plus grand nombre. Puis l’art franchit les océans : Dan Inosanto, élève de Bruce Lee, le fait connaître en Occident et au cinéma.
Aujourd’hui : un art national
En 2009, l’Arnis est proclamé art martial et sport national des Philippines. Longtemps caché, l’art est aujourd’hui enseigné dans le monde entier, sous ses innombrables styles — tout en gardant son esprit d’origine : les armes d’abord, l’efficacité, l’adaptation.
Pour la suite : Qu’est-ce que l’Eskrima ?, les différents styles et notre enseignement à l’ATS.
Beaucoup de dates et d’attributions relèvent de traditions de lignée ; l’histoire ancienne est surtout orale. Sources : Wikipédia (Arnis, Battle of Mactan, Lapu-Lapu), articles dédiés aux styles et maîtres cités. Schéma : Académie Tan Sao.

